Homeland Directive fait partie des premiers comics avec le label « indies » dans le catalogue d’Urban Comics, l’éditeur (entre autres) de DC Comics en France. J’avoue être complètement passé à côté lors de sa sortie, mais j’ai rattrapé mon retard lors de mon dernier saut, dimanche dernier, à ma bibliothèque préférée, qui dispose d’un fonds comics assez fourni et d’un étage jeunesse absolument fantastique.
Pour commencer, le synopsis de l’éditeur (qui a le mérite de ne pas trop spoiler) :
Chercheuse émérite de sa génération, le Dr. Laura Regan est à la tête du Centre National des Maladies Infectieuses des États-Unis. Mais lorsqu’un de ses proches collègues est retrouvé mort, le crime lui est immédiatement imputé. Avec l’aide de trois agents fédéraux, convaincus que cette accusation sans fondement dissimule en réalité une conspiration d’envergure gouvernementale, la jeune scientifique va devoir échapper à la traque de mercenaires déterminés, mais aussi d’une équipe de cyber-détectives plus renseignés sur elle qu’elle ne l’aurait imaginé.
Ce roman graphique est scénarisé par Robert Vendetti (Surrogates, X-O Manowar, et actuellement scénariste pour l’univers Green Lantern et The Flash) et dessiné par Mike Huddleston (Butcher Maker). Il a été publié initialement en mai 2011 chez Top Shelf aux USA et publié en France en juin 2013 chez Urban Comics.
Il s’agit d’un thriller politique dans la veine de tout ce qui a été fait après le 11 septembre, dans une nation qui a voté le Patriot Act, où la sécurité prime avant tout et où les agences gouvernementales ont des pouvoirs quasi-illimités pour la préserver.
La célèbre citation de Benjamin Franklin («Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale pour obtenir temporairement un peu de sécurité ne méritent ni la liberté, ni la sécurité») sert d’ailleurs d’introduction à ce thriller paranoïaque, où une chercheuse au Centre National des Maladies Infectieuses est pourchassée par des agents fédéraux bien décidés à l’éliminer. Mais elle trouvera des alliés inattendus parmi 3 agents fédéraux rebelles au courant d’une partie du complots et qui l’aideront à survivre et comprendre le comment et le pourquoi de cette traque. Difficile d’en dire plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte.
Si le thème « jusqu’où un gouvernement est prêt à faire pour assurer sa sécurité » est aujourd’hui assez convenu, il est ici bien traité et suffisamment haletant pour que je lise les quelques 160 pages d’une traite. L’équilibre entre sécurité nationale et liberté individuelle est en effet assez précaire. Mais ce qui est intéressant ici, c’est que l’histoire est racontée de façon neutre et non-manichéenne. On a notamment les points de vue de ceux qui poursuivent la chercheuse et qui peuvent être défendus. Dommage que la fin soit aussi précipitée et convenue.
Mais l’un des points forts de ce roman graphique vient incontestablement de son dessinateur Mike Huddleston, qui réalise de très belles planches. Son trait très lâché à la limite « croquis à main levé » peut surprendre. Mais il adapte son dessin aux personnages ou aux ambiances qu’il veut donner. Les scènes à la Maison Blanche sont par exemple très éthérées avec des traits plus flous. Les apparitions du tueur sont secs, les traits plus gras et soulignés de rouge alors que les scènes avec l’héroïne et les 3 agents rebelles sont dans des tons ocre et sépia.
Homeland Directive est en somme une très bonne surprise pour ma part. Avec ses dessins surprenants et son histoire haletante bien que convenue, c’est un roman graphique qui se lit sans déplaisir mais dont la fin mériterait peut-être d’être un peu plus creusée.